L’importance de la nature dans le développement de l’enfant: des initiatives québécoises partie 2

Au Québec, de nombreuses initiatives extrêmement intéressantes voient le jour au 4 coins de la province permettant aux enfants de se reconnecter avec la nature.  Un véritable mouvement en ce sens est observable.  Avant notre départ, nous avons eu la chance de rencontrer certains des acteurs de ce virage vert et c’est d’eux dont j’ai envie de vous parler aujourd’hui à travers deux autres projets porteurs!

La nature en plein Montréal ou quand le mont Royal devient un terrain de jeux et de découvertes!

Lorsque l’on vit dans une grande ville, amener les enfants en plein nature dans le cadre d’apprentissages scolaires peut rapidement devenir un casse-tête.  Pourtant, on l’oublie souvent, la majorité de ces villes disposent déjà d’espaces verts plus ou moins grands qui permettent de faire des tonnes de découvertes à quelques pas de l’école.  Montréal possède d’ailleurs plusieurs de ces endroits, le plus connu étant probablement le mont Royal.  Et c’est ici que prend vie la première initiative que je souhaite partager avec vous aujourd’hui.  Ici, un organisme à but non lucratif qui travaille à la mise en valeur du mont Royal et  à la protection du patrimoine à travers l’engagement communautaire et l’éducation à l’environnement offre plusieurs projets aux écoles, familles et enfants de la ville.  ”Parmi tous nos projets d’éducation et de sensibilisation, nous avons une école de la forêt.  L’objectif de cette école est d’offrir aux jeunes montréalais d’aller visiter la nature fréquemment pour leur permettre de créer un sentiment d’appartenance à cette nature, et notamment au mont Royal bien sûr, tout en nous permettant de former la nouvelle génération qui va protéger les milieux naturels”, indique Maria Nacher, chef du programme scolaire chez Les amis de la montagne.

Photo: Maria Nacher et Éric Richard de l’organisme Les amis de la montagne.

Ces programmes qui ont lieu tout au long de l’année, peu importe la météo, ont été conçus pour les groupes scolaires et les groupes de jeunes de tous âges.  Ils s’adressent aux enfants des niveaux préscolaire, primaire et secondaire, aux camps de jour ainsi qu’au CPE et garderies.  Ils peuvent même être adaptés aux groupes ayant des besoins spéciaux et être animés en anglais sur demande.  Ici, on utilise des approches scientifiques, expérientielles, affectives et sensorielles.   ”Tout se fait en suivant les intérêts des jeunes.  C’est eux qui mènent la découverte et nous sommes là pour faciliter ces découvertes et pour les aider”, souligne Mme Nacher.

Pour Les amis de la montagne, puisque le mont Royal est un des plus grands espaces verts de Montréal, c’est l’endroit idéal pour permettre aux enfants de passer du temps en nature, de s’amuser dehors ou d’en apprendre plus sur l’histoire du site, sans avoir à sortir de la ville.  En février 2019, c’est quelques 300 participants (enfants et adultes accompagnateurs), qui pouvaient en profiter une fois par mois.  ”Notre rêve serait que tous les jeunes montréalais puissent vivre un projet comme celui-là au moins une fois dans leur parcours scolaire.  Peut-être pas nécessairement au mont Royal parce que la forêt  n’aurait pas la capacité d’accueillir autant d’enfants.  Mais nous souhaitons développer notre projet sur la montagne et aussi en faire un lieu d’apprentissage pour que l’ensemble de la communauté éducative puisse avoir accès à un projet comme celui-là près de chez-eux”, explique Éric Richard, directeur de l’éducation et de la conservation à l’organisme Les amis de la montagne.

Bien qu’il soit évident, pour eux, comme pour l’ensemble des intervenants travaillant sur des projets en ce sens, que plus on est en contact avec la nature, plus les effets se font sentir, Maria Nacher et Éric Richard constatent qu’ils seraient utopiques, si on souhaite que le projet demeure accessible à tous, d’exiger que les écoles y viennent chaque semaine.  ”Une fois par mois, je pense que c’est un minimum”, insiste M. Richard.  ”Par contre, ce serait sûrement un projet de recherches très intéressant que de trouver la fréquence idéale pour avoir un impact marquant chez les jeunes”, poursuit-il.  Par contre, pour eux, ce qui est le plus important, c’est de ne surtout pas abandonner le concept d’école de la forêt parce qu’il est impossible d’y aller tous les jours.  ”En y allant une fois par mois, on peut quand même avoir un impact significatif pour les jeunes.  L’important, c’est d’au moins essayer de faire le premier pas avec les ressources qu’on a”, croit le directeur.

Pour eux, comme pour leur organisme, il est évident que les enfants devraient passer plus de temps dehors, dès leur plus jeune âge, pour découvrir la nature et en apprendre plus sur l’environnement.  En plus du projet pour les écoles, Les amis de la montagne offre une école de la forêt, un camp de jour et des cours de ski de fond pour les enfants et leur famille, en dehors des heures de classes et pendant les congés scolaires.  ”Je remarque, depuis quelques années, que les enseignants et les parents s’intéressent de plus en plus à cette approche.  C’est définitivement en émergence”, se réjouit Maria Nacher.

Si vous souhaitez plus d’informations sur ces projets ou encore pour contacter Les amis de la montagne, consultez les liens en bas de l’article.

La Fondation Monique-Fitz-Back et ses nombreux projets

Lorsqu’on parle d’écologie, de pacifisme, de solidarité et de démocratie dans le monde de l’éducation au Québec, un nom remonte automatiquement à la surface.  C’est celui de Monique Fitz-Back (1949-2005) qui fût, entre autres, la co-fondatrice des Établissements verts Brundland (EVB-CSQ).  Depuis 2006, il existe un organisme à but non lucratif, la Fondation Monique-Fitz-Back qui a pour objectif la poursuite de son oeuvre.  Je vous propose ici un portrait de l’organisme et de ses projets d’apprentissage au contact de la nature plus intéressants les uns que les autres.

La Fondation Monique-Fitz-Back est un organisme qui fait de la sensibilisation au développement durable depuis 2006.  ”Nous avons , entre autres, des actions de mobilisations des jeunes et nous créons des outils pédagogiques pour inciter les enseignants à parler d’environnement en classe.  Pour permettre aux jeunes de devenir des éco-citoyens engagés, il faut qu’ils développement un lien avec la nature.  Et quoi de mieux, selon nous, que le milieu scolaire, où ils passent une grande partie de leur temps, pour développer quotidiennement cette relation”, nous indique Julie Moffet, chargée de projet à la Fondation.

Photo: Julie Moffet, chargée de projet à la Fondation Monique-Fitz-Back

Selon son site internet, la mission de l’organisme est de promouvoir l’éducation relative à l’environnement et à un milieu sain dans une perspective de développement durable.  Pour ce faire, en plus des éléments soulignés par Mme Moffet, la Fondation finance des projets éducatifs mobilisateurs et accompagne les jeunes dans leurs projets.  Elle organise également des collectes de fonds créatives pour parvenir à atteindre ces objectifs.

Un des projets de Mme Moffet est la mise sur pied d’un site Web qui devrait officiellement voir le jour d’ici Noël, et dont l’objectif sera d’outiller dans un premier temps, les enseignants du primaire et du secondaire.  ”Ce site comprendra un banque d’activités collaboratives, des études de cas, des portraits d’écoles et d’individus qui font la différences, etc.”, nous indique-t-elle.  Le but étant de permettre à tous les enseignants de faire un premier pas vers des activités pédagogiques en extérieur.  L’adresse du site sera la suivante: www.enseignerdehors.ca.

À la question quel serait l’idéal d’une classe selon elle, la passionnée d’enseignement en extérieur répond: ”Une classe idéale pour moi serait une classe où les enseignants, comme les élèves, sont des chercheurs.  Où on part de la curiosité des enfants, de leur imagination, de leur contexte, de leur milieu, de leur quartier pour les amener, justement, à se poser des questions, à trouver des réponses.  Je pense qu’il y a vraiment des compétences en ce sens qu’on doit plus développer:  la curiosité, l’esprit critique aussi.  Il faut ramener nos jeunes à l’extérieur pour leur permettre de bouger.  Les jeunes, c’est fait pour être dehors, pour bouger, pour jouer, pour poser des questions, prendre des risques.  Une classe idéale c’est une classe où on décloisonne les matières et où les enseignants sont présents pour supporter les apprentissages que les jeunes veulent faire, où on les nourrit.  Je pense qu’en ce sens, l’individualisation de l’apprentissage, la pédagogie par projets et l’approche par enquêtes représentent la solution.”

Colloque plein air pour apprendre à ciel ouvert et défis!

En février 2019 avait lieu, à St-Jean-de-Matha, la toute première édition du Colloque plein air apprendre à ciel ouvert, organisé, entre autres, par la Fondation Monique-Fitz-Back et qui regroupait un peu plus de 200 personnes d’un peu partout en province.  Cette première édition présentait de nombreuses conférences permettant aux participants de s’initier au concept d’apprentissage en extérieur ou de partager leurs expériences avec d’autres personnes intéressées à la question.  ”Cette connexion à la nature, les enseignants en ont besoin et ils voient de plus en plus que les jeunes aussi en ont besoin”, insiste Mme Moffet.  Et bien que de plus en plus d’écoles font des activités pédagogiques en extérieur; nous n’avons qu’à penser à l’explosion des classes en plein air, des jardins et potagers pédagogiques ou à ces enseignants en éducation physique qui délaisse les gymnases intérieurs dès que la température le permet, force est d’admettre que certains défis retardent l’explosion du phénomène.

En avril 2018, la Fondation a justement fait un sondage lui permettant de mieux comprendre les raisons qui expliquent ce fait.  Plusieurs éléments sont ressortis de ce sondage, mais deux points principaux ont été nommés à plusieurs reprises.  “Le manque de formation est le point qui inquiète le plus les enseignants.  Comment je fais ma gestion de classe à l’extérieur?  Comment je fais ma préparation? Comment je fais mes arrimages avec le curriculum.  C’est autant de questions que se posent les pédagogues”, soutien Mme Moffet.

L’autre point est, pour la chargée de projet à la Fondation, une question de perception:  ”les enseignants vont voir la gestion du risque et la gestion de classe à l’extérieur comme quelque chose de très, très gros. Alors nous devrons déconstruire les mythes par rapport à cette approche.  Tu n’es pas obligé de partir pendant une journée complète ou de faire du camping pour faire de l’intervention en contexte de plein air.  Juste sortir dans un cours de mathématiques pour mettre en application la prise de mesures en calculant la superficie de la cours d’école par exemple peut être suffisant”, image-t-elle.

Il est vrai que pour que ça fonctionne bien à l’extérieur, il faut, en quelque sorte, adapter son approche, c’est vraiment ce qui semble être à l’origine des craintes et des incertitudes des intervenants.  ”C’est l’inconnu pour eux car ils ont appris un modèle d’enseignement où on est à l’intérieur, dans une classe et où l’enseignant transmet l’information.  À l’extérieur, on est vraiment plus dans une base collaborative, une approche expérimentale.  On fait des démarches scientifiques, on se pose des questions, on teste nos hypothèses concrètement.  C’est une approche différente”, croit-elle.  ”Par contre, les avantages sont énormes!  D’abord pour l’enseignant qui peut varier ses méthodes d’enseignement et améliorer son propre bien-être, puis pour l’élève qui devient soudainement très engagé et très motivé dans ses apprentissages”,  s’enthousiasme-t-elle.

Actuellement, au Québec, ce type d’apprentissage n’est pas intégré dans le curriculum de la formation des enseignants et se transmet uniquement en formation continue, d’où l’intérêt d’un colloque comme celui-ci.  Par contre, selon Mme Moffet, le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur démontre un intérêt à intégrer ses apprentissages dans le BAC.  ”Il reconnaît désormais l’importance du plein air et de la nature dans le développement de l’enfant, même si un programme d’enseignement supérieur ne se change par en claquant des doigts.  Il y a de l’espoir”, souligne-t-elle.

En attendant ces changements, Mme Moffet considère que de nombreuses avancées sont faites dans la province: “Ce qu’on voit de nouveau, c’est qu’il y a une véritable volonté de réaménager les espaces de la cour d’école pour avoir plus de verdures, plus de sciences à l’extérieur, de vraies zones d’apprentissage qui vont pouvoir servir à plus de gens.  Ces initiatives ne sont pas toujours très médiatisées, mais beaucoup de belles choses voit le jour!” conclue-t-elle.

Pour plus d’informations sur la seconde édition du Colloque plein air pour apprendre à ciel ouvert ou pour vous inscrire, consulter le lien suivant.  Le colloque aura lieu les 7 et 8 février 2020 au Lac Delage: https://www.feepeq.com/fr/colloque?fbclid=IwAR0VwsCqHUjrP45bvVCOaxNVHC6ylgxIoNKHMK82SV3XloF7E2FbTH8zevE

Pour aller plus loin!

Les amis de la montagne: https://www.lemontroyal.qc.ca/fr

Programme pour les écoles des amis de la montagne: https://www.lemontroyal.qc.ca/fr/activites/activites-pour-les-ecoles-et-les-groupes-de-jeunes

Activités pour enfants et familles au mont Royal: https://www.lemontroyal.qc.ca/fr/activites/enfants-et-familles

Fondation Monique-Fitz-Back: https://fondationmf.ca/

Apprendre et jouer dehors, groupe Facebook: https://www.facebook.com/groups/756344561131365/

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1 Comment

  1. 23 November 2019 / 16 h 02 min

    La documentation insiste sur l importance d avoir beaucoup d espaces ouverts. Nous savons que lorsque les enfants ont le droit de sortir, ils bougent plus et leurs mouvements sont plus intenses. Ils participent alors a beaucoup plus d activites de moderees a vigoureuses de leur propre chef compare a lorsqu ils sont enfermes. En fait, l effet est si marque qu il y a des places aux Etats-Unis ou les activites exterieures sont devenues une strategie pour traiter et prevenir l obesite infantile.

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