L’éducation en Inde: première partie

Bonjour à tous,

Qu’on en rêve ou qu’elle nous fasse peur, l’Inde ne laisse personne indifférent, et pour cause!  En 2030, elle comptera 1,5 milliard d’habitants, dépassant ainsi la Chine et devenant le pays le plus peuplé du monde.  Elle sera également le plus jeune des pays émergents avec un âge médian de 31 ans.  Les défis qui l’attendent sont immenses, et l’éducation n’y échappe pas!  Ce très grand pays, aux antipodes de nos sociétés occidentales est complexe, tant au niveau de sa structure organisationnelle que de ses réalités.  Il m’était donc impossible de vous en dresser un portrait en un seul article.  Nous avons également fait le choix d’y rester au moins 1 mois question de pouvoir vous faire découvrir ses défis, mais également les solutions souvent avant-gardistes et inspirantes que plusieurs groupes et régions mettent en place pour faire face aux difficultés qu’ils rencontrent, et offrir une éducation de qualité au plus de jeunes Indiens possible.  Mais avant de s’y attarder, je vous invite aujourd’hui à découvrir la réalité actuelle de l’éducation en Inde.  Comme pour chacun des autres articles présentés jusqu’à maintenant, gardez en tête que je me base sur des recherches majoritairement disponibles en ligne et publiée dans les langues que je maîtrise, soit le français et l’anglais.  Une fois sur place et en mesure de parler aux véritables spécialistes locaux, nos dossiers s’étofferont forcément et prendront peut-être même une autre couleur!  Il s’agit donc d’une base de recherches que nous vous partageons pour vous permettre de vous faire une idée en attendant!

Un peu d’histoire

L’éducation telle que nous la connaissons ici, avec des écoles où les enfants sont regroupés en classe devant un enseignant qui a pour rôle de leur facilité l’apprentissage d’un programme éducatif prédéterminé, n’est en rien semblable au modèle traditionnel qui a prévalu en Inde pendant des centaines d’années.  En effet, à l’époque, l’Inde avait un système éducatif de la Gurukula.  Dans ce système, toute personne qui souhaitait étudier se rendait chez un professeur (un gourou) et demandait à recevoir son enseignement.   Si le gourou acceptait d’en faire son élève, ce dernier allait s’installer chez son enseignant pour toute la durée de son apprentissage et participait aux travaux de la maison.  Le lien très fort qui les unissait pendant cette période permettait au gourou de bien connaître son élève et à celui-ci d’apprendre ce qu’il avait vraiment envie d’apprendre: du sanskrit aux écritures saintes, des mathématiques à la métaphysique, les apprentissages possibles n’avaient de limites que celle des connaissances du gourou.  L’élève pouvait rester aussi longtemps qu’il le souhait ou jusqu’au moment où son enseignant considérait qu’il ne pouvait plus lui permettre d’aller plus loin dans ses apprentissages.  Dans ce dernier cas, il pouvait lui conseiller un nouveau gourou pour lui permettre de poursuivre ses études sur les sujets qui le passionnait ou l’élève pouvait partir lui-même à la recherche d’un nouveau professeur.  L’apprentissage dispensé par ces gourous était étroitement lié à la nature et à la vie et ne se bornait pas à mémoriser de l’information.

Puis, dans les années 1830, à l’époque où l’Inde était une colonie anglaise, le système scolaire moderne fut introduit dans le pays en même temps que l’enseignement de l’anglais.  Cette introduction est attribuée à Lord Thomas Babington Macaulay qui est mieux connu pour avoir oeuvré à la codification des sources de la loi pénale anglaise en Inde, et en temps que poète et historien.

Lorsque le 15 août 1947, l’Inde prend finalement son indépendance, commence un immense travail de réflexion sur la structure du pays, y compris sur le système de castes sur lequel nous reviendrons, et l’éducation n’y échappe pas.  L’enseignement universel et obligatoire pour les enfants de 6 à 14 ans devient le grand rêve du gouvernement de la jeune république, qui a d’ailleurs incorporée cette directive à l’article 45 de leur première constitution en 1952.  Malheureusement, cette directive, n’étant pas un droit constitutionnel, mais plus un véritable désir, n’atteindra pas sa cible.  L’Inde devra attendre 2009 pour que le ”Right To Education Act” fasse de l’éducation gratuite et obligatoire, un droit constitutionnel pour tous les enfants indiens de 6 à 14 ans.  Bien que depuis, la situation s’améliore doucement, la durée moyenne de la scolarisation est maintenant de 5 ans en Inde, soit un an de plus qu’il y a 10 ans, le taux d’absentéisme des élèves et même des enseignants demeure élevé et au moins un tiers de la population active n’a jamais fréquenté l’école et la majorité des Indiens n’a pas complété le cycle primaire.

La situation actuelle 

À notre époque, nous connaissons souvent l’Inde pour ses programmes d’élite qui forment des ingénieurs et des informaticiens renommés partout dans le monde.  Mais la réalité du pays en est tout autre.  En fait, cette nouvelle classe moyenne indienne qui envahie les films de Bollywood projetés partout sur la planète, et profitent du taux de croissance impressionnant du pays depuis le début des années 2000, ne représentent qu’un maximum de 15% de la population.  Pour le reste des habitants du pays, au moins 50% vivent toujours avec moins de 2$ par jour et leur réalité éducative est plutôt celle de milliers d’écoles rurales dispersées à travers l’Inde et qui sont souvent en piteux état, parfois même sans eau potable, électricité ou toilettes.  L’éducation qui y est dispensée étant souvent de mauvaise qualité et ne permettant pas aux jeunes d’éventuellement intégrer réellement le marché du travail,  plusieurs parents choisissent de ne pas y inscrire leurs enfants et de les faire travailler à leur côté pour aider à subvenir aux besoins de la famille.

Mais tout n’est pas noir.  Au cours des dernières années, l’alphabétisation de la population a connu une véritable augmentation passant à 74% dans la population en générale, alors qu’elle était à moins de 50% au début des années 1990.  Ce taux est évidemment plus bas lorsqu’on isole certains groupes.  Par exemple, chez les femmes, on parlera de 65%,  et de 60% pour les Indiens Bihar (état du Nord).   Signe encourageant: chez les adolescents, qui ont bénéficié de la construction de milliers d’écoles, le taux d’alphabétisation dépasse aujourd’hui les 80%.  Un état du sud-ouest de l’Inde, le Kerala, duquel nous parlerons un peu plus dans la deuxième partie de ce dossier, peut même depuis un peu plus de 10 ans, se déclaré comme ”état complètement alphabétisé”.

Donc au-delà de la scolarisation de masse, le véritable enjeu éducationnel de l’Inde est celui de la diffusion d’une éducation de qualité permettant d’augmenter le capital social de la population et de procurer de véritables chances de réalisations professionnelles à ses jeunes, peu importe leur origine sociale et les conditions de leur naissance.

Le système des castes

Bien que le sytème de castes ait été aboli par la constitution entrée en vigueur dans les années 1950, et que l’article 15 de celle-ci interdisse les discriminations fondées sur l’origine sociale, celles-ci continuent de jouer un rôle majeur dans la société contemporaine.  L’Inde, la plus grande démocratie du monde, demeure un pays où les inégalités sont profondément incrustées dans toutes les sphères de la vie.  Bien que certaines catégories, comme les Dalits (hindouistes de la caste la plus basse), bénéficient d’une politique de quotas dans la représentation politique, la fonction publique et l’éducation, et que les portes des universités sont ouvertes à plusieurs milliers d’entre eux gratuitement afin de leur permettre d’accéder à ces postes, le fait de naître dans une catégorie sociale spécifique a un impact majeur sur les possibilités de vie d’un individu.  Les Dalits, les aborigènes et encore plus la minorité musulmane (qui forme tout de même autour de 14% de la population indienne), demeurent les groupes les plus exclus du système scolaire, surtout à partir du secondaire, et encore plus s’il s’agit d’une fille.  Par exemple, chez les musulmans, moins de 20% complètent leur secondaire et moins de 5% obtiennent un diplôme d’études secondaires.

Une légère amélioration de la qualité de vie se fait tout de même sentir pour les Dalits vu ces milliers de places qui leur sont réservés dans les universités, mais également grâce à leur importance en nombre et au fait qu’ils exercent de plus en plus leur droit de vote.

La petite enfance en Inde

Vous aurez peut-être remarqué que je ne parle pas du tout de la petite enfance dans cet article.  C’est que très peu d’informations à ce sujet sont disponibles.  Dans l’ensemble, tout ce qu’on peut trouver, c’est qu’il existe très peu de structures adaptées à l’accueil de la petite enfance en Inde (5 ans et moins) et que la garde des tout-petits est une réelle problématique.  Les mères qui travaillent doivent donc souvent se résoudre à amener leurs enfants sur leur lieu de travail faute de ressources.  Nous nous promettons de creuser un peu plus le sujet une fois sur place.

Voilà qui met fin à cette première partie de la présentation de la situation de l’éducation en Inde.  La semaine prochaine, nous nous attarderons aux initiatives positives et inspirantes qui voit le jour un peu partout afin de travailler à l’amélioration de la situation, et de nos plans une fois sur place!

À bientôt,

Geneviève

Follow:
Partager sur:

1 Comment

  1. Danielle Harrison
    14 April 2019 / 9 h 10 min

    Bonjour Geneviève,
    Excellent article et très instructif.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *