La Roumanie: de la dictature à l’Union Européenne, une éducation en mouvement!

Bonjour à tous!

Choisir un pays pour représenter l’Europe de l’Est n’a pas été une mince tâche!  Bien qu’européens, ces pays ont longtemps été coupés du monde occidental par un grand nombre de raisons.  Certains vivaient dans des régimes dictatoriaux, d’autres sous les lois communistes, plusieurs avaient perdus leur autonomie au profit de l’ex-URSS et n’ont retrouvé leur indépendance qu’en 1991… dans l’ensemble, leurs programmes éducatifs tiennent beaucoup plus de l’ancien modèle russe que du modèle européen auquel nous nous attendons.  De plus, ces pays ont souvent mauvaise presse en terme d’éducation, surtout lorsqu’on ne parle pas d’éducation supérieure (plusieurs de leurs universités sont excellentes, mais c’est un autre dossier) et même parfois, en ce qui a trait aux droits de l’homme et de l’enfant.  Il est souvent fait état d’écoles délabrées, de pénurie d’enseignants due à des conditions salariales misérables et à des tâches astronomiques, de programmes et de méthodes archaïques, de manques de ressources flagrantes, etc.  Leurs résultats aux études PISA tiennent souvent plus des pays en voie de développement que des pays industrialisés. Nous avons donc tendance à penser qu’il n’y a rien de bon à tirer de leurs exemples et que c’est plutôt eux qui devraient s’inspirer de nous.  Mais si nous nous trompions?  Et s’ils avaient des choses à nous apprendre?  Nous pensons sincèrement que c’est le cas et c’est pourquoi notre voyage nous amènera en Roumanie à la découverte d’une éducation mi-traditionnelle, mi-innovante, en plein changement!

Bran et son chateau, Transylvanie, Roumanie.

Mise en contexte

Débutons d’abord par une petite mise en contexte.  Pendant de nombreuses années, la Roumanie était une dictature et vivait sous le joug du communiste Ceausescu jusqu’au coup d’état mené par la population et qui a eu lieu le 22 décembre 1989.  Le pays a alors entamé un long processus de reconstruction et de réappropriation qui se poursuit aujourd’hui.  À l’instar de l’ensemble des autres institutions du pays, le système éducatif roumain à fait l’objet de réformes importantes au cours des 30 dernières années.  De profondes transformations qui se poursuivent année après année et qui visent, entre autres, à permettre au pays d’aligner son programme aux normes internationales actuelles et surtout, d’être indépendant vis-à-vis de la politique et de l’idéologie, une réalité de laquelle ils ont cruellement souffert pendant toutes ces années.  Et les résultats se font sentir!  Bien que la Roumanie se place toujours sous la moyenne internationale lors  de l’étude PISA, ses statistiques n’ont cessé d’augmenter depuis 2006 et son arrivée dans l’Union européenne en 2007 lui a ouvert un grand nombre de portes afin de poursuivre cette amélioration, en rendant plus facile le partage d’informations et l’accompagnement des autres pays européens.

La place des méthodes alternatives dans le programme éducatif

En Roumanie, l’éducation est obligatoire de 6 à 16 ans, par contre, la majorité des enfants roumains fréquentent également la crèche (de 1 an à 3 ans) et le jardin d’enfants (de 3 à 6 ans).  Les jardins d’enfants publiques sont gratuits, mais la qualité de l’éducation qui y est proposée varie beaucoup en fonction des établissements, ce qui fait que les parents ayant les moyens financiers de le faire, se tournent vers des écoles maternelles privées qui utilisent souvent des méthodes d’apprentissage innovantes, disposent de meilleurs équipements et fournissent les repas et les encas.  À priori, on serait porté à déplorer ce fait, mais dans un système où tout est à construire et tout est en mouvement, et où la très grande majorité des enfants iront à l’école publique au niveau primaire et secondaire, ces méthodes alternatives semblent avoir un réel impact sur les programmes éducatifs qui intègrent, au fil des réformes (environ une par année) de plus en plus de ces méthodes, qui font leurs preuves, dans le programme gouvernementale.  D’ailleurs, un des points extrêmement intéressant de leur fonctionnement est le fait que les enfants du primaire (qui dure 4 ans) restent dans la même classe, avec le même enseignant et les mêmes camarades pendant toutes ces années.  Cette grande stabilité permet aux enseignants de  vraiment connaître leurs élèves et leur façon d’apprendre donc, d’adapter leur programme en fonction de chaque élève et d’ainsi véritablement favoriser l’apprentissage, même des élèves en difficulté.  C’est d’ailleurs un des points sur lesquels nous nous pencherons lors de notre passage en Roumanie.

La situation des enfants Rom

Un autre dossier extrêmement intéressant en Roumanie est la situation des enfants Rom.  Le peuple Rom désigne les Tsiganes établis en Europe de l’Est et un peu partout en Europe.  On évalue à plus de 3 millions le nombre de Roms vivant en Roumanie d’où ils sont d’ailleurs originaires.  Plus de 40% d’entre eux vivent sous le seuil de la pauvreté, un très grand nombre d’entre eux ne sont pas déclarés, donc n’ont pas accès à l’éducation ou aux divers services gouvernementaux, et de par leurs conditions de vie, ils sont victimes de discrimination de façon générale, partout en Europe.  Aller à l’école pour un enfant Rom est donc tout un défi.  Surtout qu’au sein même de leur communauté, une personne qui choisira de poursuivre des études post-secondaires sera perçue comme ayant renié sa culture et son appartenance au peuple Rom, ce qui poussera 80% d’entre eux à partir vers d’autres pays.

Plusieurs obstacles rendent difficiles l’intégration des enfants Rom dans le système scolaire.  Après le fait qu’une grande partie des enfants soient sans papier, l’instabilité géographique des familles Roms, dont plus de 300 000 sont en migration pendulaire entre la Roumanie et d’autres pays européens, est l’autre raison principale rendant difficile la scolarisation des enfants.  L’extrême pauvreté de plusieurs obligent aussi souvent les parents à ne pas envoyer les enfants à l’école, afin que les plus grands puissent s’occuper des plus jeunes alors que les parents travaillent.  Les statistiques approximatives (le nombre d’enfants Rom en Roumanie n’étant que supposition) sont les suivantes:

  • 52% des enfants Rom ne sont pas inscrits en maternelle (3 à 6 ans)
  • 30% ne vont pas au primaire (6 à 10 ans)
  • 53% ne vont pas au secondaire
  • Parmi les inscrits, la fréquentation est très irrégulière ce qui fait qu’une fois adulte, plus de 64% d’entre eux sont analphabètes.

Des solutions et programmes inspirants

Bien que la situation semble catastrophique, vous aurez sans doute compris que si nous nous penchons sur la question, c’est qu’il y a des solutions et des programmes inspirants qui sont mis en place en Roumanie, afin de venir en aide aux enfants Rom.  Plusieurs de ceux-ci sont en expérimentation à Cluj, une ville de la région de la Transylvanie, qui se trouve au centre-ouest de la Roumanie, où nous comptons nous rendre.  La Fondation Collège Européen, créée par le professeur Vigil Ciomos, y a, entre autres, mis plusieurs projets en place avec un objectif de base, qui représente aussi un très grand défi: scolariser les enfants dès leur plus jeune âge afin d’éviter qu’ils n’accusent un retard et un décalage en arrivant au primaire.

Bien que la fondation semble avoir disparu du paysage en juillet dernier avec le départ à la retraite du professeur Ciomos, ses oeuvres se poursuivent et plusieurs autres organismes ont vu le jour dans le secteur afin de mettre l’épaule à la roue.  Des cours de rattrapage sont offerts aux enfants Rom en difficulté ou qui ont trop manqué de cours.  Un accompagnement leur ait également proposé au quotidien.  Dans une école se situant dans le secteur de la déchetterie, à l’entrée de la ville, on a même poussé l’idée encore plus loin, décidant d’améliorer le quotidien des quelques 250 enfants Rom fréquentant l’école en leur offrant des repas chauds chaque midi et en leur donnant, ainsi qu’à leur famille, accès à des douches, des vestiaires et des machines à laver afin que leur style de vie ne leur attire pas le renvoi de l’école ou la moquerie de leurs pairs.  Chaque mois, un certain nombre d’enfants reçoivent également de nouveaux vêtements et chaussures.  Même leurs parents ont accès à des cours d’alphabétisation, ce qui, à moyen terme devrait les aider à se trouver des emplois plus intéressants et surtout, à avoir un meilleur salaire, améliorant par le fait même, leur qualité de vie.  Il ne s’agit que d’un début, la lutte aux inégalités sociales et aux préjugés est très loin d’être gagnée, mais il s’agit d’un énorme pas en avant pour ce pays qui doit encore faire face aux horreurs découvertes dans les orphelinats de la terreur lors de l’effondrement du système communiste (qui abritaient plusieurs enfants Rom),  et d’un exemple à suivre dans l’amélioration des conditions de vie du peuple Rom en Europe.

Vous l’aurez compris, ces dossiers seront plus difficiles que ceux que nous vous aurons présentés jusque là, mais c’est aussi ça apprendre autrement:  avancer malgré les difficultés du passé et se battre pour donner une chance à tous!  Nous sommes persuadés que nous pourrons en tirer de grandes leçons de courage et de volonté!

Bonne semaine,

Geneviève

 

 

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